Ma journée n’avait pas trop mal commencé je dois avouer. Le petit s’est précipité dans le lit dès qu’il a entendu sonner le réveil des humains. Je reconnais qu’ils ont réussi là un tour de force extraordinaire : le tenir éloigné jusqu’au matin. La partie n’était pas jouée d’avance, croyez-moi ! Bubulle -comme tous les enfants- adore faire du trampoline. Peu lui importe que ce trampoline soit un lit et que ce lit abrite deux personnes exténuées, qui ne demandent qu’à prendre un peu de repos, après une dure journée de labeur, consacrée à gagner un salaire suffisant pour payer mes croquettes et ma pâtée. Enfin, nos croquettes et notre pâtée devrais-je dire. Ainsi donc, le petit garnement nous laisse nous reposer et daigne patienter jusqu’aux lueurs de l’aube (environ neuf heures) avant de se jeter sur tout ce qui ressemble de près ou de loin à une personne aimante… Je fais souvent -bien malgré moi !- partie de ses victimes ! Mais à présent que le petit fait ses nuits, les réveils sont moins douloureux (même si tout est relatif bien entendu !)


clochetteLe petit déjeuner nous est servi dans la cuisine, et je profite ensuite souvent de ce moment pour aller humer l’air matinal sur le toit de l’immeuble. Ah ! Voir Paris s’éveiller ! Quel délice ! Puis, il est déjà l’heure de reprendre sa place sur le fauteuil. Les humains sont au travail et je me retrouve en tête-à-tête avec le petit scarabé. Je lui laisse choisir, comme tous les matins, le fauteuil sur lequel il veut s’installer puisqu’il me promet d’être sage quelques heures. Misère ! Pour une fois, la petite bête n’est pas à blâmer. A notre réveil vers 19h, je découvre avec horreur que mon maître adoptif (je l’ai adopté plusieurs années après ma maîtresse- j’ai pensé qu’elle serait mieux avec un autre de son espèce) – un jeune homme fort intelligent par ailleurs- a affublé Bubulle d’une CLOCHETTE ! Oui, cela signifie, comme vous le comprenez tous, que dès qu’il met un pied devant l’autre, il tintinnabule dans tous les sens ! Le pauvre petit ressemble à la vache violette dans cette si célèbre publicité pour le chocolat, celle avec son énorme cloche autour du cou. Je me suis demandé un court instant si j’étais censé être la marmotte qui met le chocolat dans le papier… ?

Mais trêve de plaisanterie, j’étais assez désemparé et, une fois de plus, consterné par la bêtise des humains. Faut-il donc TOUT leur expliquer ? Chers amis félins, vous qui partagez votre quotidien avec ces animaux étranges, vous serez en mesure de me comprendre, n’est-ce pas ? Je laisse le petit s’agiter inutilement et décide d’attendre le retour de ma maîtresse afin d’avoir une sérieuse discussion avec elle. Voyons, de qui se moque-t-on : à peine arrivons-nous à dresser la petite crapule qu’on lui donne des raisons d’être insupportable ! Ma maîtresse ne pourra que partager mon avis, j’en suis sûr. En effet, lorsqu’elle rentre - comme par hasard, particulièrement tard ce soir-là -ils sentent ces choses-là vous savez !- je lui explique, par un regard éloquent, la situation. Elle fait semblant de réfléchir à la question puis de prendre la décision d’elle-même. Peu m’importe ! Le fait est que ce soir, la vache violette dormira sans sa cloche et j’en suis bien aise.

Votre dévoué,

Estevan