Ces malheureuses petites bêtes sont les poissons « domestiques » (à ne pas confondre avec les poissons en boîte qui, eux, sont uniquement destinées à la consommation féline). Chez moi, il y a un bel aquarium qui, suite à différentes erreurs de manipulation, n’abrite plus aujourd’hui que deux poissons. Mais je les apprécie énormément. Nous partageons en effet le même goût pour le calme et le silence. Nous n’aimons guère les animaux (ou les humains) agités et bruyants. Bref, en un mot comme en cent : nous aspirons à la tranquillité que nous avons su installer dans notre foyer (oui, je les considère comme mes colocataires, contrairement aux humains qui eux, vous l’aurez compris, sont simplement gracieusement hébergés : lorsque l’on voit les problèmes de logement à Paris, il me semble criminel de laisser des humains dehors ! Je préfère les avoir chez moi plutôt que de les voir traîner dans la rue. Mais, je ne voudrais pas créer, ici, la polémique : je ne suis pas sans savoir que bien des animaux, chats ou chiens, n’ont pas cette générosité et cette ouverture d’esprit. Ah, ne devrions-nous pas prendre exemple sur ces braves bêtes de la campagne -toutes espèces confondues : vaches, moutons, chevaux et animaux de basse-cour- qui JAMAIS ne laisseraient un être humain dormir dehors ?).

poissonAinsi donc, Tom et Jerry, comme je les surnomme affectueusement, ont-ils vu d’un mauvais œil débarquer, voilà quelques mois, ce chat miniature qui est l’objet de mes propres inquiétudes. Dès les premiers jours, ils ont craint pour leur tranquillité. Les humains ont bien tenté de nous rassurer en nous montrant que la terreur noire n’était pas capable d’atteindre l’aquarium, rien n’y a fait et l’inquiétude s’est faite grandissante à mesure que les mois ont passé. Et, naturellement, le jour est arrivé où Bubulle a fait connaissance avec nos deux amis aquatiques. Une rencontre catastrophique placée sous le signe de l’agressivité et du sadisme. J’ai tout essayé : les menaces (je ne lui laisserais aucune croquettes s’il persistait à effrayer ces pauvres bêtes), la raison (pourquoi attaquer des animaux qui ne lui ont rien fait ? j’ai essayé de lui expliquer ma propre théorie concernant la paix entre les espèces animales* -qui doit commencer à notre petit niveau n’est-ce pas ?- mais la jeunesse étant ce qu’elle est… bref, la raison n’a pas marché), l’affect (« Bubulle, Tonton Babane va être très triste et très malheureux si tu ne laisses pas tranquilles Tom et Jerry ! » mais croyez-vous qu’à cet âge ils aient un cœur ???), enfin, j’ai, à de multiples reprises, tenter d’attirer l’attention des humains sur ce problème, mais hélas ! Rien n’y fit. Aujourd’hui, ils sont seulement capables de rire bêtement dès que leur « petit chaton adoré » bondit près de l’aquarium. « Mais Bubulle, leur disent-ils, tu ne vois pas qu’avec la vitre tu ne pourras jamais attraper les poissons ? » Voyons… pensent-ils les chats si stupides ? Le secret de chasse des chats domestiques est, comme chacun sait, la patience. D’ici peu, mes deux amis vont tomber en dépression et mettre fin à leurs jours en sautant hors du bocal… C’est malheureusement toujours ainsi que ces histoires se terminent !

Meilleures salutations

Estevan

*Pour ceux, nombreux je le devine, qui seraient intéressés par ma théorie, je précise qu’un ouvrage sur le sujet, co-écrit avec le professeur Pilou, professeur émérite de l’ICRELE (Institut Canin des Relations Entre Les Espèces), sortira au mois de septembre de cette année. Le titre : La paix dans le monde animal : la fin des préjugés.